Non au sondage sur l’antisémitisme. Oui à une recherche rigoureuse et indépendante !

L'intervention du ministre de l'Enseignement supérieur de la recherche pour empêcher la tenue du Colloque "La Palestine et l'Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines" qui devait se tenir au Collège de France les 13 et 14 novembre 2025 n'a échappé à personne. Cette immixtion a largement et vivement été dénoncée, car elle constitue une atteinte inacceptable à la liberté académique.

Dans la foulée, la direction générale de la recherche et de l'innovation annonçait, le 18 novembre 2025, le lancement d'une enquête sur l'antisémitisme au sein des universités, à la demande du ministre de l'ESR. Elle invitait les présidences d'établissement à la relayer auprès de leurs personnels comme de leurs usagères et usagers. De nombreuses organisations se sont immédiatement mobilisées pour interpeller le ministre de l'ESR. En parallèle à leur courrier, les organisations syndicales (CGT FERC Sup, SUD éducation, SNESUP-FSU, SNPTES-UNSA) et les associations de défense de la liberté académique (ALIA, CAALAP, OALA) ou des droits fondamentaux (LDH), ont lancé une pétition, encore ouverte pour signature. Vous trouverez cet appel, ainsi que copie du courrier envoyé au ministre sur ce lien.

Pourquoi une telle opposition ? Les enquêtes sur le racisme et l'antisémitisme sont en effet nécessaires et d'ailleurs prévues par la loi du 13 juillet 1990 contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie. En l'espèce et comme le détaille le communiqué commun de l'Association Française de Science Politique (AFSP), de l'Association française de sociologie (AFS), de l'Observatoire des atteintes à la liberté académique (OALA) et de l'Association pour la Liberté Acadmique (ALIA), le sondage confié à l'IFOP pose de graves problèmes méthodologiques (réidentification aisée des répondant·es, questions biaisées, imprécises ou fondées sur des amalgames, hébergement sur le cloud de Google) mais également légaux (vis-à-vis du RGPD ou règlement sur la protection des données personnelles et du principe de neutralité des institutions de service public avec ici la collecte de données sensibles portant sur les opinions politiques des agent·es et des étudiant·es). France Université a, à son tour, manifesté son refus de relayer un tel sondage dans un courrier à l'adresse du ministre le 24 novembre dernier, rapporte le journal Le Monde.

Les attaques exercées contre les universités et les savoirs qu'elles produisent sur le monde social s'expriment de façon de plus en plus décomplexée dans la sphère politique - comme les procès en "islamo-gauchisme" ou en "wokisme" l'ont déjà montré. Face à ces pressions, continuons à réagir collectivement avec vigueur pour défendre les principes de rigueur et d'indépendance qui sont au cœur de l'exercice de nos missions !