Enseigner c'est un métier
Un parent d'élève du 44 a transmis aux organisations syndicales une annonce reçue de la part de France Travail. Dans cette annonce, le rectorat de Nantes propose trois semaines de formation pour une prise de fonction d'enseignement à la rentrée 2025, sans préciser le type de contrat de recrutement.
Si ce genre d'annonce n'est pas rare, il n'en est pas moins significatif, en particulier dans une période où le Ministère relance la réforme de la formation des enseignant-es. Si certaines mesures vont dans le bon sens, en particulier la rémunération de la première année de Master qui était réclamée par les syndicats, cette réforme pose un certain nombre de questions pour lesquelles le Ministère refuse de donner des garanties et des moyens. C'est pourquoi SUD éducation a quitté la réunion du 2 avril dernier.
Le rectorat de Nantes propose donc de former en trois semaines des enseignant-es dans différentes disciplines, recruté-es sur la base de "solides compétences" (mais pas forcément d'une licence dans la discipline concernée) alors que le Ministère lui-même est en train d'organiser la formation des lauréat-es de concours d'enseignement en deux ans. Ce genre d'annonces, justifiées par des difficultés de recrutement, est symptomatique du mépris pour les compétences pédagogiques nécessaires à l'enseignement.
Non, être un bon musicien ne signifie pas nécessairement être un bon prof de musique, tout comme être un bon menteur n'implique pas d'être un bon président. Un adulte devant les enfants n'est pas un pédagogue, et la nécessité de renforcer la formation des enseignant-es est aux antipodes d'une annonce envoyée par France Travail. Il est d'ailleurs particulièrement cynique de recruter des personnes non-formées alors que des fonctionnaires en disponibilité, souvent pour des raisons d'éloignement familial, souhaiteraient enseigner et ne le peuvent pas. Il faut également souligner la situation particulière du recrutement de contractuel-les en allemand, alors que les conditions de travail des titulaires d'allemand se sont particulièrement dégradées ces dernières années, avec des postes partagés et des heures supplémentaires qui s'accumulent.
Ce que veut le rectorat, c'est avoir un adulte devant les élèves pour satisfaire le Ministère de la Garderie Nationale. L'éducation n'a pas de valeur marchande : aux yeux du pouvoir libéral aux commandes, elle n'a pas de valeur tout court. À nos yeux c'est pourtant l'inverse : si l'éducation n'a pas de valeur marchande, c'est que son utilité sociale est inestimable. Pour que nos métiers redeviennent attractifs nos revendications sont simples : revalorisation des salaires et amélioration des conditions de travail.

