Le 5 décembre dernier s'est tenue une Commission Consultative Paritaire (CCP) AED-AESH lors de laquelle ont été discutés 7 licenciements pour inaptitude.
Nous y avons lu une déclaration liminaire que vous pouvez retrouver ci-dessous dénonçant l’augmentation alarmante des licenciements d’AESH pour inaptitude : ils sont pour nous le symptôme des conditions de travail que subissent les AESH, comme l’ont démontré les dossiers qui nous étaient présentés ce jour.
La commission s’est conclue par un point d’information sur les recours concernant la rétroactivité de la prime REP/REP+ pour les AED et AESH. Ce droit est ouvert pour tout agent ayant travaillé en établissement REP/REP+ depuis 2021. Pour le faire valoir, il faut envoyer les pièces justificatives de son affectation à l’adresse recours.rep@ac-nantes.fr . Contactez-nous pour vous faire assister dans vos démarches !
Déclaration liminaire :
Mesdames et messieurs les membres de la CCP,
Nous voudrions utiliser ce temps de parole pour alerter sur la situation des personnels AESH.
En faisant le total des dossiers étudiés par notre commission sur la période de septembre à
décembre, en incluant les dossiers d’aujourd’hui et de la semaine prochaine, nous arriverons à
près de 30 licenciements pour inaptitude d’AESH. Ce chiffre est pour nous très alarmant, et il
est la conséquence inévitable des conditions dans lesquels exercent nos collègues. Il est urgent
que l’Éducation Nationale comprenne que de très nombreux.ses AESH souffrent de leur travail,
au point de ne plus être capable d’exercer leur métier. Les causes de cette souffrance sont
connues et remédiables.
D’abord, un manque criant de formation : beaucoup de collègues se sentent démuni.es dans
leur métier car ils et elles sont placé.es auprès d’enfants qu’elles ne sont pas formées à
accompagner. Nous sommes censé.es pouvoir intervenir auprès d’élèves ayant toutes sortes de
besoins, mais cette polyvalence n’est possible qu’à condition d’avoir la formation suffisante.
Autrement, cela revient au mieux à nous exposer à des situations difficiles, au pire à mettre en
danger autant les élèves que les AESH qui se retrouvent parfois exposé.es à des risques de
violence.
Ensuite, la perte de sens au travail. Avec la mutualisation de l’accompagnement, nous sommes
forcé.es de composer nous-même avec le manque d’AESH, en partageant notre temps de
présence entre toujours plus d’enfants, ne pouvant plus les accompagner sérieusement ni
utilement. Dans notre académie, de nombreux.ses élèves disposant d’un accompagnement
mutualisé ne bénéficient de la présence d’un.e AESH que 2, 3 ou 4h par semaine. Si nous
n’avons pas vocation à accompagner chaque enfant sur 100 % du temps scolaire durant toute
leur scolarité, nous ne pouvons par pour autant les aider à devenir autonome sans une véritable
présence régulière et durable à leurs côtés. Par ailleurs, ces temps d’accompagnement ridicules
apparaissent comme de terribles signes de mépris vis-à-vis des familles : les démarches
médicales et administratives pour déposer un dossier à la MDPH sont longues et compliquées,
et l’attente de la réponse dure parfois plus d’un an. Annoncer à ces familles que leur enfant ne
bénéficiera que de 2h d’accompagnement par semaine, c’est leur dire que, contrairement aux
discours, l’école publique française est loin d’être inclusive.
Comme nous avons eu l’occasion de le dire à Mesdames Vavasseur et Jimenez lors d’une
audience intersyndicale le vendredi 28/11, l’organisation du travail des AESH par les PIAL est
aussi une source de souffrance. On constate des changements de fiches de postes incessants
et parfois sans consultation, des réunions obligatoires dans un PIAL et inexistantes dans
d’autres, des difficultés à entrer en contact avec le coordonnateur ou la coordonatrice du PIAL.
Avoir créé des PIAL autonomes, et en avoir avoir donné la gestion à des agents non formé.es
censé.es effectuer ce travail important en 6h par semaine ne pouvait avoir d’autre conséquence
que cette désorganisation.
Enfin, l’immense majorité des AESH subissent toujours des temps partiels contraints et un
salaire inférieur au seuil de pauvreté, obligeant le plus souvent à cumuler deux postes pour s’en
sortir. Il est inacceptable que l’Éducation Nationale, qui prétend promouvoir l’égalité entre les
femmes et les hommes, traite de cette manière le deuxième corps le plus important de son
ministère, composé ultra majoritairement de femmes, en les maintenant dans la pauvreté
malgré leur travail indispensable à la société. Encore une fois, nous revendiquons pour les
AESH, comme pour les AED, la création d’un statut de fonctionnaires de catégorie B, avec un
salaire de 2200€ brut pour enfin reconnaître le travail des plus de 130 000 AESH que compte ce
pays.
