La dernière CAPA de l'année scolaire 2024-2025 a eu lieu ce vendredi 11 juillet. La Commission Administrative Paritaire Académique traite des problématiques des personnels du 2nd degré (leur carrière et leur mobilité notamment). Celle-ci portait sur l'examen des refus de titularisation et des renouvellements de stage pour les enseignant·es du 2nd degré stagiaires non soumis·es à l'avis du jury.
Dans sa déclaration liminaire, SUD éducation a porté des revendications pour les personnels stagiaires mais aussi, plus largement, en matière de santé et de sécurité au travail : service médical saturé, amiante dans les écoles, management toxique, explosion du nombre de signalements RSST, gestion désastreuse de la canicule, désorganisation de la correction des examens et hommage à notre collègue AED tuée à Nogent... Retrouvez le contenu de cette déclaration liminaire ci-dessous et en PJ.
Le compte-rendu de cette instance est également disponible en PJ.
Déclaration liminaire de SUD éducation :
Madame la rectrice d'académie, Mesdames et Messieurs les membres de l'autorité académique,
En cette fin d'année scolaire, et alors que nous sommes réuni·es aujourd'hui pour traiter de la situation des personnels stagiaires, nous souhaitons évoquer auprès de vous les problématiques de santé, de sécurité et de conditions de travail, depuis l'entrée dans le métier jusqu'à la poursuite de la carrière.
Cette année encore, nous contestons un certain nombre de dispositions concernant la situation de nos collègues stagiaires, à commencer par l'invitation aux journées de rentrée en août, reconduites chaque année, qui se font - pour la plupart des personnels - en dehors de tout contrat et qui ne permettent pas de rémunération ni de couverture au titre de l'accident de travail. Comme chaque année, nous tenons également à souligner la charge de travail énorme qui est celle des personnels stagiaires, ainsi que la pression qu'ils et elles subissent quant à la validation de leur année. Lorsqu'ils et elles sont convoqué·es en jury de titularisation, nous demandons à pouvoir les accompagner syndicalement. Nous rappelons à ce titre que le renouvellement de stage, s’il est présenté par vos services comme un temps supplémentaire pour consolider ses compétences professionnelles, est loin d’être anodin pour les collègues concerné·es. Nous défendons, pour tous·tes les stagiaires ayant montré leur capacité à progresser et remplissant leurs obligations, une titularisation à l’issue de la première année, au besoin avec un accompagnement adapté l'année suivante.
Si nous saluons pour partie la réforme de la formation initiale, avec une entrée progressive et rémunérée dans le métier dès BAC+3, nous déplorons qu'elle soit mise en place à moyens constants dans les universités et nous nous opposons à l'obligation de servir pendant 4 ans, qui nous parait arbitraire et particulièrement injuste pour les lauréat·es qui n’auraient pas bénéficié des deux années de formation proposées. Pour donner aux fonctionnaires stagiaires l'envie de travailler au sein de l'Éducation nationale, ne passons pas par la contrainte : améliorons leurs conditions de travail !
Pourtant, ces dernières continuent de se dégrader. Après six mois de dématérialisation du registre de santé et sécurité au travail, la F3SCT de Loire-Atlantique accuse réception de plus de 1000 fiches de signalement. Ce chiffre en très forte augmentation traduit le mal-être profond des personnels de l'éducation. Il est l'incarnation de choix politiques qui font de l'École un service public détérioré par l'asphyxie budgétaire. Nous prenons pour exemple - et s'il n'y en avait qu'un - les fiches SST remplies par nos collègues Psy-EN suite au déménagement à Nantes du centre d'information et d'orientation auparavant localisé à Rezé, pour lequel ils·elles n'avaient pas été prévenu·es. Au-delà de l'impact énorme pour les élèves, quelles conséquences pour les personnels, dont les conditions de travail se trouvent soudain dégradées sous couvert de coupes budgétaires ?
Dans le sillage de ces questions de santé et de sécurité, nous tenons à saluer le travail de nos collègues membres de la cellule de signalement des violences, discriminations, harcèlement et agissements sexistes et sexuels. Nous insistons cependant sur la nécessité que leur travail d'écoute et de veille soit suivi d'effets, notamment en matière de formation des agent·es et de protection des victimes, à fortiori quand l'auteur des agissements ou l'agresseur est un supérieur hiérarchique.
Rappelons à ce titre l'exemple du lycée Touchard-Washington au Mans, où les membres de la délégation de la F3SCT académique ont pu constater toute la détresse des collègues lors de leur visite en mai dernier. Les organisations syndicales ont émis des avis, demandant la suspension immédiate du chef d'établissement et la convocation d'une commission disciplinaire à son égard. Les faits graves le concernant, dont plusieurs manquements déontologiques ainsi que des propos sexistes et racistes, sont maintenant établis : SUD éducation exige que des réponses soient apportées à cette situation.
Les conditions de travail des agent·es se détériorent également en raison de la prise en charge tardive de leurs problématiques de santé, du fait d'un service médical surchargé au rectorat. Comment accepter que certain·es de nos collègues attendent plus d'un an pour que leur dossier soit examiné ? Comment justifier que les troubles psycho-sociaux ne soient toujours pas considérés comme de véritables maladies professionnelles ? Nous exigeons un travail d'ampleur sur les questions de santé mentale au travail ainsi qu'un recrutement massif de personnels médico-sociaux : il faut soulager le travail des médecin·es, infirmièr·es, psychologues et assistant·es sociaux·ales ; il faut que les problématiques de santé de nos collègues cessent d'être des parcours d'errance.
La fin d'année a été marquée par une grande désorganisation des services dans le cadre de la correction des examens du baccalauréat. Nous alertons chaque année sur la charge de travail très importante de nos collègues, en lettres et en philosophie notamment, et la session 2025 a été particulièrement édifiante à ce sujet : que s'est-il passé dans la paramétrage des convocations des correcteur·ices pour que certain·es ne soient pas appelé·es quand d'autres se sont parfois vu·es attribuer jusqu'à 120 copies ? Dans un centre d'examen de la Sarthe, des collègues ont interrogé 90 candidat·es à l'oral de français entre le 30 juin et le 4 juillet car il manquait deux personnels de jury. En Vendée, des collègues de lettres se sont vu·es imposer un lot supplémentaire le 8 juillet pour une correction le jour même à 23h, à défaut d'une anticipation rationnelle des besoins en correcteur·ices. Cette situation ne doit pas se reproduire.
À cette charge de travail de fin d'année, se sont ajoutées les températures extrêmes auxquelles nous avons été confronté·es dans nos écoles et établissements. Là encore, la gestion de cette crise n'a pas été à la hauteur des enjeux. Rien, ou si peu, n'a été fait sur le moment pour mettre les élèves et les personnels en sécurité. Ainsi, lors de la dernière F3SCT de Loire-Atlantique, les organisations syndicales ont pu entendre les services du rectorat résumer la réception de plus d'une centaine de fiches RSST par "des agent·es se plaignant d'avoir trop chaud". Quel mépris envers des situations de souffrance et d'urgence, quand les collègues signalent en réalité des malaises d'élèves ou de personnels. Plus encore, parce que le dérèglement climatique ne se limitera pas à un seul été particulièrement chaud, c'est tout le bâti scolaire qu'il faut revoir à long terme. Même les établissements construits il y a moins de quinze ans sont de véritables passoires thermiques !
Repenser le bâti permettra également de traiter le problème de l'amiante dans les établissements, scandale sanitaire et lutte d'ampleur pour laquelle SUD éducation continuera de se mobiliser, comme c'est déjà le cas, entre autres, au lycée Jean Mounier et au collège Jean Vilar à Angers.
Enfin, comment pourrions-nous terminer cette déclaration, écrite sous le signe de la santé et de la sécurité des personnels, sans partager notre vive émotion et notre colère immense suite au décès de notre collègue assistante d’éducation Mélanie Grapinet, poignardée sur son lieu de travail par un élève de 14 ans, alors qu'elle était contrainte de procéder à la fouille des sacs des élèves devant l'établissement. Ces procédures, en plus d'être parfaitement inutiles, mettent en difficulté et en danger les assistant·es d'éducation car ellesinstaurent un climat de suspicion, anxiogène pour toutes et tous. Nous pensons aux proches de Mélanie, à ses collègues et aux élèves durement touché⋅es par ce drame. Loin d'être un fait divers isolé, son décès met en lumière le mépris d'une institution tournée vers des logiques sécuritaires, à rebours de nos besoins sur le terrain, et ouvrant la voie à une idéologie réactionnaire que nous combattrons jusqu'au bout.
