Appel au rejet du Passeport du Civisme
Révisionniste, xénophobe, néocolonialiste, raciste, nationaliste, va-t-en-guerre, militariste, financé par Stérin… SUD éducation 85 nous a alerté sur ce risque pour les élèves. Nous relayons leur article et appelons les écoles du 44 à être vigilantes sur ce risque.
Ce sont les mairies qui signent l'accord pour le mettre en place dans les écoles. Voici les villes qui ont déjà signé dans le 44:
- Guérande - Thouaré-Sur-Loire
- Batz sur Mer - Chateaubriand
- Vertou - Mesquer
- Sautron - Gorges
Cette fois nous appelons toute la communauté éducative au refus clair et net de ce dispositif : enseignant·es, AESH, parents, FCPE, associations d’éducation populaire, élu·es municipales·aux…
Petit retour en arrière :
Le Passeport du Civisme est la création de Maxence de Rugy. En soi ce n’est déjà pas anodin. En effet, le maire de Talmont-Saint-Hilaire est un proche de Bruno Retailleau (c’est son ancien chef de cabinet). C’est également un ancien élève de l’ICES, cette "fac" privée catholique honteusement célèbre pour ses liens avérés avec l’extrême droite en Vendée. C’est encore un maire qui privilégie la bétonisation du littoral, sa vidéosurveillance généralisée ainsi que sa gentrification plutôt que de lutter contre l’érosion du trait de côte. Cet élu de la République n’a jamais scolarisé ses enfants dans l’école de la République, lui préférant l’école privée catholique, puis une école hors contrat proche des milieux catholiques conservateurs de la paroisse St Louis. Une école où la prière côtoie l’uniforme et le lever du drapeau.
Déjà, en cernant le papa du Passeport, on ne peut que se dire que ça ne sent pas bon. Et ce sont ces valeurs issues d’une autre époque, ces valeurs de l’extrême-droite, que de Rugy souhaite imposer aux écoles publiques.
Premier échec
De Rugy a échoué dans certains de ses plans puisque nos collègues de Talmont ont refusé d’imposer des mesures réactionnaires dans leurs écoles :
- Imposer le vouvoiement par les élèves des personnels périscolaires, de cantine et l'équipe enseignante.
- Chanter la Marseillaise avec lever de drapeau lors des temps forts de l'année.
- Vêtir les enfants d'un uniforme par souci "identitaire".
Mais il a tout de même réussi à instiller petit à petit ses idées nauséabondes dans plus de 500 écoles à travers le passeport du civisme.
Mais en quoi cet outil, qui semble pourtant plébiscité, est-il dérangeant ?
Sur la forme...
Un passeport, c’est un document administratif essentiel pour prétendre à une certaine liberté de circulation à travers ces lignes imaginaires que sont les frontières. Donc, en quoi le Passeport du Civisme est-il un passeport ? Sans ce précieux sésame l’élève est en droit de se demander : Vais-je redoubler ? Serai-je tout de même un·e citoyen·ne à part entière ?
Le civisme, ce n’est pas du tout la même chose que la citoyenneté (qui regroupe droits et devoirs). Le civisme, ce ne sont que les devoirs envers la nation, le dévouement patriotique même.
Si on n’est pas un bon patriote dévoué corps et âme, prêt à « Mourir pour la France » (action : le devoir de mémoire), alors on n’a pas le droit au passeport ?
Le visuel lui-même est révélateur. Comment dire « On ne pouvait pas savoir ? » simplement avec le logo du Passeport du Civisme sous les yeux ? Un garçon, sourcils froncés, torse bombé, semblant meugler la Marseillaise (on voit ses dents) porte une oriflamme bleu marine. L’oriflamme est le symbole de la guerre, hissé sur les champs de bataille pour signifier qu’il fallait massacrer l’ennemi sans faire de prisonnier. Ce garçon à l’air belliqueux marche au pas de l’oie, tout comme les deux autres enfants qui le suivent. En dernier, celui qui semble être l’intellectuel, marche sans regarder où il va. Il a une confiance aveugle envers le chef. Quant à la fille au milieu, on cumule les stéréotypes sexistes de la domination patriarcale : yeux et bouche fermées, jupe et couettes, elle ne parle pas et ne voit pas. Elle a juste à obéir et à porter les bouquins !
... comme sur le fond
Mais qu’y a-t-il à l’intérieur de ce Passeport du Civisme ?
Et bien ça dépend. En effet, chaque commune a une autonomie relative sur les contenues. Il y a parfois des "actions" plutôt positives, comme la visite des mines de Faymoreau, retraçant l’histoire ouvrière dans ces corons du Bas-Poitou. Mais malgré ça, on y retrouve des invariants imposés bien plus problématiques :
- La mise en avant du patriotisme, du nationalisme et de l’armée
Des actions à valider sont en lien avec les associations d’anciens combattants. Et là, il ne s’agit pas de la très pacifiste 4ACG, non, mais d’unions locales pouvant excuser l’usage de la torture ou parfois très très proche de l’extrême-droite. Citons en exemple cette association d’anciens d’Algérie des Sables dont le président n’a rien trouvé de mieux que d’organiser la projection d’un film xénophobe interdit outre-Manche avec comme invité d’honneur était Bruno Gollnisch.
Autre action en lien avec ces nostalgiques des massacres, la participation aux commémorations du 11 novembre ou du 8 mai, voire la très problématique date du 5 décembre instaurée par Jacques Chirac pour honorer uniquement les victimes « mortes pour la France » de la guerre d’Algérie. Le discours type « Morts pour la France » ne trompe plus personne. Aucuns de ces pauvres jeunes, surtout les fusillés pour l’exemple, ne voulait partir pour servir de chair à canon. L’enrôlement était forcé dans une guerre seulement désirée par les puissants qui eux, ne s’entre-tuent pas.
Au programme, lever de drapeau, Marseillaise, discours nationalistes, hommes en arme… et pour certaines communes, invitation à une messe !!!
Et ce n’est pas tout. Car sous un faux-air de cahier de vacances, sur certains livrets, on demande à l’élève de colorier le drapeau, compléter les paroles de la Marseillaise, tout en lui expliquant que la guerre d’indépendance de l’Algérie a "meurtri" la France et que les résistants algériens étaient des "barbares » qui ne valaient pas mieux que les nazis… Du révisionnisme postcolonial dans toute sa splendeur, avec quelques teintes de xénophobie et de racisme nauséabond.
Pour une autre action sans aucun lien avec les forces de l’ordre (l’éducation aux outils numériques), des mairies décident pourtant que l’enseignant·e n’est sans doute pas assez pédagogue et font délivrer donc cet "enseignement" par des gendarmes ou des policier·ères. Bien sûr, ces dernier·ères interviennent en classe, sur temps scolaire, en uniforme et en arme ! Attiré·es ou inquiété·es par la présence de vraies armes à feu dans la classe, les élèves passent complètement à côté de l’intervention. Mais l’objectif était-il d’apprendre à paramétrer son compte pour éviter la fuite d’information ou bien d’habituer les enfants à côtoyer l’uniforme et les armes dès le plus jeune âge ? A ce stade, on ne se le demande même plus ! Comme à Saint-Raphaël où une "activité" inclue des exercices en treillis dans une caserne !!!
Ces fonctionnaires armés interviennent dans d’autres écoles à l’occasion d’autres actions, comme "Connaître les services publics de proximité", et sont parfois les "ambassadeurs" de ces actions. Qu’en est-il de la liberté pédagogique de l’enseignant·e de la classe ?
- Un révisionnisme historique validant le roman puyfolesque
Les actions "culturelles" sont aussi problématiques puisqu’elles se déroulent la plupart du temps dans des lieux du révisionnisme de l’histoire vendéenne, ne transmettant pas plus de contenu validé scientifiquement que le roman « puyfolesque » écrit par le politicien d’extrême droite Philippe De Villiers.
Nous pouvons citer le Passeport de la ville des Herbiers qui est représentatif de cette grave dérive que nul·le enseignant·e ne peut valider déontologiquement, et dont le contenu historique oriente vers la thèse, historiquement invalidée par la communauté scientifique, du "génocide vendéen".
Au programme, l’Historial de la Vendée dont le contenu révisionniste est bien connu de n’importe quel·le lecteur·trice des ouvrages de l’historien Jean-Clément Martin ; mais aussi le château du parc Soubise, le logis de la Chabotterie ou pire encore : le Puy-du-Fou lui-même !
En effet, en fin d’année scolaire 2022-2023, la remise des diplômes du Passeport du Civisme s’est faite dans le parc du Puy-du-Fou. Informé·es par SUD éducation, choqué·es, des enseignant·es ont refusé d’emmener leurs élèves dans ce temple du révisionnisme abritant une école hors contrat aux mœurs d’une autre époque (non mixité, uniformes, éducation genrée...
Là encore, certaines communes sont passées au-dessus du refus des enseignant·es, au-dessus de leur liberté pédagogique, et ont emmené les élèves encadré·es par des personnels municipaux, laissant les enseignant·es sans leurs élèves. Et tout ça au nez et à la barbe de la Dasen.
Le pire était à venir
Mais c’est lors de la remise des passeports du Civisme 2025 que toutes les limites de la décence ont été franchies. Cette cérémonie a eu lieu au Vendespace. Les élèves devaient venir avec un code vestimentaire rappelant franchement les horribles uniformes désirés par De Rugy : du gris, du gris et encore du gris. Les élèves ont dû rester toute la journée (caniculaire) à l’intérieur de la salle pour des questions de sécurité. Mais sécurité de qui ? Pas de la ministre de l’Éducation non, car ce Passeport n’a rien à voir avec de l’éducatif. Mais sécurité du ministre de l’Intérieur, le très très à droite Bruno Retailleau, venu célébrer l’événement. Et afin de bien montrer aux enfants qu’on n’est pas là pour rigoler, un énorme drapeau français est arrivé par hélicoptère (bravo le bilan carbone… pour l’éducation à l’environnement on repassera) le tout porté par des militaires du GIGN.
Et pour "récompenser" les élèves pour leur patience à subir tout ça, un "spectacle" à été donné… Et quel spectacle ! Puisqu’il s’est agi d’une représentation du groupe de rock révisionniste Historock. Ce groupe dont le peu d’intérêt artistique n’a d’égal que le massacre de l’Histoire au sens scientifique du terme. Où Napoléon est allégrement mélangé avec du Clovis, Jeanne d’Arc ou Vercingétorix… Bref, pas mal de figures du « roman national » idolâtrées par l’extrême droite. Pour y voir plus clair, il faut savoir que le chanteur de ce groupe sillonne les plateaux de Cnews pour y cracher toute la haine qu’il a des enseignant·es et du service public d’éducation. Et ce n’est pas tout, ce groupe est financé par les Nuits du Bien Commun du milliardaire Pierre-Édouard Stérin. Pierre-Édouard Stérin est un milliardaire qui a décidé de mettre sa fortune au service de l’extrême droite et de ses idées. Il veut « servir et sauver la France et lutter contre les ‘maux principaux’ que sont selon lui le socialisme, le wokisme, l’islamisme, et l’immigration ». Son obsession eugéniste est de faire « faire plus de bébés de souche européenne » et « évangéliser tous ceux qui ne sont pas catholiques ».
Le quotidien l’Humanité a révélé en juillet 2024 que Stérin projetait de débloquer 150 millions d’euros pour installer le RN au pouvoir. Son plan, baptisé PERICLES est l’acronyme de « Patriotes-Enracinés-Résistants-Identitaires-Chrétiens-Libéraux-Européens-Souverainistes ». Tout est dit.
Le summum de la honte est que notre DASEN de Vendée a participé à cette mascarade identitaire et révisionniste, où elle était présente, sans trouver à redire…
Enfin, cerise pourrie sur le gâteau de lisier, le Canard Enchaîné a révélé en octobre 2025 que le Passeport du Civisme lui-même était financé par Stérin ! Dévoilant ce que SUD éducation 85 et la CGT 85 clament depuis des années. Ce journal a également montré que, contrairement à ce que semblent prétendre les logos sur les Passeports, l’Éducation Nationale n’a JAMAIS validé ce dispositif. L’agrément a même été refusé par le Ministère de l’Éducation Nationale.
Refuser !
Utiliser ce Passeport du Civisme a également un coût pour les communes. En effet, l’adhésion à l’association du Passeport atteint les 1 000 € pour une commune de taille modeste. 1 000 € reversé à une association dont l’objectif est de diffuser des idées d’extrême droite. S’il fallait une autre preuve de ce but idéologique, le cahier des charges du Passeport inclut un engagement à "ne pas utiliser de wokisme et/ou d’écriture inclusive", invoquant des "préconisations de l’Éducation Nationale", ce qui est bien entendu faux comme nous l’avons vu.
Face à toutes cet entrisme des idées d’extrême-droite au sein de l’enseignement public et laïc, des enseignant·es refusent d’entrer dans ce dispositif. Mais pas que. A Vertou, ce sont des parents d’élèves qui questionnent sérieusement la neutralité politique du Passeport du Civisme. Mieux encore, en Bretagne, suite aux révélations du Canard Enchaîné, 3 maire·sses ont décidé de se retirer du dispositif (Trégunc, Melgven et Concarneau). SUD éducation 85 et la CGT 85 encouragent les équipes éducatives, les associations de parents d’élèves ainsi que les équipes municipales à prendre clairement position contre cette entorse à la neutralité politique dans les écoles, et met son outil syndical à disposition des enseignant·es voulant quitter ce dispositif honteux.
Pour résumer :
Le Passeport du Civisme c’est :
- financé par l’extrême droite,
- créé par un maire aux idées d’extrême droite,
- une porte d’entrée vers du révisionnisme historique,
- la porte ouverte aux armes et aux uniformes dans les écoles,
- la diffusion du patriotisme et du nationalisme.
Tout à l’opposé des valeurs d’émancipation portées par SUD éducation et la CGT.
Les actions positives que contient parfois le Passeport du Civisme (échanges intergénérationnels à l’EHPAD, visites de sites pédagogiques, plantation de haies…) peuvent très bien être mises en œuvre par l’école et la municipalité sans passer par un dispositif extérieur.
C’est pourquoi nous appelons, par cet article et par le biais d’une pétition, tous les personnels, les parents d’élèves, les élu·es… à refuser ce dispositif anti-pédagogique au service des idées d’extrême droite ! Vous pouvez vous faire aider des DDEN si besoin.
Interpellons les mairies pour qu’elles mettent un terme à leur affiliation au Passeport du Civisme !
Pour tou·tes les PE souhaitant être aidé·e pour refuser ou quitter le dispositif du Passeport du Civisme, une RIS a été organisée par SUD éducation 85 le mercredi 10 décembre. Nous pouvons en organiser une autre dans ton école. Ce temps est déductible des 108 heures. Si tu es intéressé·e, contacte-nous. Nous pouvons aussi venir animer une HMI sur ce sujet dans des collèges partenaires du Passeport.
Nombre d'enseignant⋅es engagé⋅es dans ce dispositif n'ont pas conscience de ce qu'il y a derrière le Passeport du Civisme. Ce n'est pas leur professionnalisme qui est ici remis en cause mais la manipulation honteuse ou les pressions qui poussent à adopter ce dispositif au service de l'extrême droite.
C'est pourquoi SUD éducation 85 met à disposition son outil syndical pour informer les équipes.
Parents et personnels, contactez nous pour qu'on vous aide à interpeller l'équipe municipale de votre école publique afin qu'elle quitte ce dispositif indigne,
Ci-dessous, le visuel à afficher sur le panneau syndical de ton école ou à mettre dans la boîte aux lettres de l'association des parents d'élèves.
Pour télécharger le diaporama de la RIS, Clique ICI.










