Discours d’ouverture du congrès 2025 de SUD éducation 44

Rapport d’activités de SUD éducation 44

Le congrès de SUD éducation 44 est un moment important dans la vie de notre syndicat. Il a lieu tous les 4 ans. C'est le moment de décider des grandes orientations pour les prochaines années ainsi que de discuter de nos stratégies syndicales dans un contexte de plus en plus violent pour les personnels de l'éducation nationale, pour les enfants et leur famille. Ce moment a été préparé depuis des mois par le groupe de travail congrès local et les participant es aux nombreuses réunion d'écriture, réécriture, amendements. De nombreux aller-retour, discussions, débats, ont permis d'aboutir aux différentes propositions de textes dont nous allons discuter lors de ces deux prochains jours.

Depuis le dernier congrès, la politique d'Emmanuel Macron et de ses gouvernements n'a fait que détériorer nos conditions de travail et la qualité du service public de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Edouard Geffray, l'actuel ministre de l'éducation nationale est la preuve du mépris du macronisme pour l'École publique. C'est un technocrate pur jus, ancien bras droit de Blanquer puis d'Attal pour qui il met notamment en place la réforme dite du "choc de savoirs" qu'on a combattu avec force. Il incarne la continuité des politiques de casse de nos statuts et de nos conditions de travail. Il est clair qu'il ne sera pas notre allié pour ce qui est de la préservation de notre santé. En décembre 2019, alors qu'il est directeur général de l’enseignement scolaire au sein du ministère, il avait comparé le suicide de notre collègue Christine Renon dans son école de Pantin à « une chute dans un escalier ». Ce déni éhonté de la responsabilité de l'institution fait peu de cas des risques psycho-sociaux qui pèsent sur les personnels de l'éducation nationale. On sait pourtant qu'avant de se donner la mort elle avait laissé une lettre à son IEN, à son IA et aux 25 directeurices de sa circonscription, toutes estampillées du logo de l'Education Nationale !

Depuis 2021, nous avons eu un nombre d'adhésions croissante qui a eu des conséquences sur l'organisation de notre syndicat et les élections professionnelles de 2022 nous ont permis d'être représentatif.ve.s dans un certain nombre d'instances. Cela a sans doute été le fruit de la participation de SUD éducation a un grand nombre de mobilisations sectorielles et sociales mais il nous reste encore de nombreux combats à mener.

En 2019, nous n'étions qu'une soixantaine à SUD Éducation 44, 3 ans plus tard, en pleine lutte contre la réforme des retraites nous étions près de 300. Notre présence dans la rue, en manif, nous a donné de la visibilité. Depuis ce chiffre est resté à peu près constant. Cette forte croissance s'explique par différents facteurs :
• un travail de syndicalisation que nous avons mené collectivement ces dernières années.
• les luttes locales que nous avons portées ont convaincu des collègues de se syndiquer, tout comme celles et ceux qu'on a défendu, au quotidien ou dans des réunions informelles.
• les stages que nous organisons tous les ans permettent également de créer des liens de camaraderie ou d'amitié et participent à l'envie de nous rejoindre.

À ce jour, les adhérent.e.s (ayant déclaré leur statut) se répartissent comme suit :
• Enseignant.es du 1er degré : un tiers
• Enseignant.es du 2nd degré : un quart
• AED : un quart
• AESH : 4%
• Personnels du supérieur : un dixième
• retraité.e.s : 2 / deux personnes
Cette augmentation a évidemment des conséquences sur notre fonctionnement interne. On ne fonctionne pas de la même manière à 60 ou à 300. Cela impose de se demander comment continuer à fonctionner de manière horizontale, comment continuer à dégager du consensus tout en étant toujours plus nombreuses. Ces thématiques majeures sont au cœur des textes "fonctionnement interne" et "développement syndical".

Des élections professionnelles de 2022 aux prochaines en prochaines en 2026 : une place nouvelle dans les instances.

Avant 2022, SUD éducation n'était représenté nulle part dans les instances, excepté à l'université (en CTE puis CSA et CHSCT-FS). Pendant des mois, les militant-es de SUD, dont nombre d'entre nous ici présent es, ont mis toute leur énergie pour faire voter les collègues et leur prouver que SUD porte une voix particulière : celle d'un syndicat de lutte et de transformation sociale, qui ne se laisse pas impressionner par la hiérarchie et qui ne transige pas avec l'administration. Notre travail a payé : nos collègues nous ont accordé leur confiance et nous ont permis de devenir un syndicat représentatif des personnels, dans plusieurs instances académiques et départementales. Nous avons aussi gagné du temps de décharge pour animer la vie du syndicat, appliquer les décisions d'AG et accompagner nos collègues.

Notre syndicalisme s'en trouve modifié et cela soulève de nouveaux débats internes. Régulièrement, nous nous questionnons sur l'énergie à consacrer à ces instances, sur le risque d'isolement de nos élu.es, sur la posture à y adopter face à l'administration. Nous mettons  beaucoup d'énergie à travailler avec les autres organisations syndicales. Il nous a fallu du temps pour comprendre le fonctionnement de ces instances et le rôle que nous pouvions y jouer. Il a fallu former nos élu.es, penser le tuilage des nouveaux et nouvelles représentantes.

Dans ces instances, rien n'est fait pour donner aux syndicalistes les moyens de défendre les personnels qu'ielles représentent : les ordres du jour et les documents préparatoires sont régulièrement envoyés tardivement, difficiles à comprendre. Les compte-rendus sont caviardés et ne relatent pas l'intégralité des débats et de nos positions, des questions posées restent sans réponse, y compris sur des sujets graves touchant à la santé des personnels par exemple. Malgré ces difficultés, nous nous efforçons d'amener dans les instances des revendications concrètes, venues de nos collègues et d'y récolter des informations qui servent nos luttes sur le terrain.

Arrivées au terme de ce mandat de 4 ans, il est temps de se poser et de faire le bilan pour préparer la suite. Est-ce que l'énergie dépensée dans ces instances nous donne le sentiment d'une présence utile et combative ? Comment mieux donner à voir aux adhérent-es et aux collègues, ce que nous vivons dans ces instances? Comment y rendre notre présence encore plus constructive? Comment faire du lien avec d'autres syndicats ? Nous l'avons abordé lors de la table ronde intersyndicale.

Ces questions doivent nous porter et elles pourront apparaitre lors de nos prochaines assemblées générales. Il est important de se donner le temps du débat dans les mois qui viennent, avant de repartir en campagne pour les élections professionnelles en 2026. Si nous voulons rester représentatif.ve.s nous devrons faire aussi bien ou mieux. Cela demandera une mobilisation importante. On compte sur vous !

Mobilisations sectorielles

Certaines mobilisations ont été particulièrement marquantes. En 2022, les personnels de l'école Stéphane Hessel à Saint Herblain se sont mobilisés pour obtenir des moyens supplémentaires notamment pour l'inclusion des enfants. L'ensemble des enseignantes s'étaient mis en grève et ont gagné deux postes d'AESH. De là est partie une mobilisation départementale en vue de l'obtention de moyens pour l'école inclusive.

La mobilisation du choc des savoirs en 2023-2024 et le refus des groupes de niveaux a fédéré enseignant-es, AED, AESH et bon nombre de parents d'élèves : cette réforme de tri social des élèves dès la sixième a vivement fait réagir toute la communauté éducative. Nous avons mené des actions ensemble, sur des points de blocage ou des tractages. Nous avons pu nous rencontrer lors d'AG régulières et tisser des liens solides qui seront utiles pour de prochaines mobilisations et le 44 a été un département moteur nationalement lors de cette mobilisation.

Les AED se sont particulièrement mobilisés lors des mouvements sociaux, notamment celui contre la réforme des retraites, en s'organisant en collectif et en étant massivement en grève. Une caisse de grève a été organisée ainsi que des actions pour la financer. Des vies scolaires fermées, ce sont des collèges qui ne peuvent plus fonctionner.

SUD éducation 44 soutient et lutte avec les écoles orphelines du département, écoles qui devraient être dans le réseau d'éducation prioritaire. C'est le cas de l'école Mandela (Saint-Herblain) qui scolarise des enfants habitants dans le quartier le plus pauvre de Loire-Atlantique, et qui se mobilise depuis 10 ans pour être en REP +. Depuis un an, un collectif éducation prioritaire 44 s'est monté, regroupant parents, syndicats, enseignant-es, élu-es. Différents rassemblements et actions ont lieu pour visibiliser ces écoles et, collectivement, lutter pour une école plus juste et égalitaire.

La fermeture du collège Rosa Parks a mis en lumière les menaces qui pèsent sur l'éducation prioritaire. Là aussi nous avons alerté et accompagné les collègues dans leur mobilisation comme des recours pour continuer de toucher la prime REP+ ou la conservation des brigades REP+. Les mois suivants l'annonce de fermeture, nos discussions ont mis en lumière la nécessité de débattre sur nos revendications en matière d'éducation prioritaire : quelle stratégie syndicale face aux politiques de mixité sociale qui ferment des établissements publics en quartier prioritaire ? Comment accompagner dans leur lutte les collègues concernés par les mesures de fermeture ? Quel discours tenir face aux familles qui approuvent ces fermetures dans leur stratégie parentale de lutte contre un déterminisme social ?

La baisse démographique connue dans le département devrait nous permettre de baisser les effectifs par classe, d'assurer le remplacement systématique des collègues absent·es, de permettre à tout personnel qui le souhaite de travailler à temps partiel. Nous portons ces revendications en instance mais aussi sur le terrain, en luttant aux côtés des écoles qui se mobilisent contre les fermetures de classes. Et la lutte paie ! L'école Jules Ferry à Indre et l'école Jean Zay à Nantes ont vu des fermetures de classes annulées, et l'école Jules Ferry de Saint-Nazaire a réussi à obtenir une ouverture de classe !

Mobilisations dans le supérieur : elles ont été nombreuses dans le supérieur et on se rappelle particulièrement 2020 et la lutte contre la Loi de programmation de la recherche de 2020. En 2025, SUD éducation a fortement œuvré au mouvement intersyndical s’opposant à 1,5millliards de nouvelles coupes budgétaires, alors que Nantes Université est en déficit pour la 3ème année consécutive. SUD éducation 44 a fait reculer la présidence sur certaines de ses pratiques de gestion illégales : après 2 ans de lutte, le droit de grève des agent es est respecté, mais les jours de congé maladie ordinaires sont toujours objets de mobilisation. Il y a eu de nombreuses ripostes contre la répression des libertés, notamment la liberté académique. Les camarades du sup . Lors de la dernière rentrée, SUD s'est activement battu contre le passage en force d’un projet de nouveau règlement intérieur liberticide et contre les interventions policières sur le Campus Tertre.

Les militant es du sup ont fait reculer la présidence de l'université sur les entraves à leur liberté d'expression et continuent de se battre pour retrouver leur liberté de réunion et exercer leurs droits syndicaux.

Mobilisations sociales

Mouvement retraites : La mobilisation de 2023 a été historique. Les manifestations à Nantes ont atteint jusqu'à 80 000 personnes. Le mouvement de grève s'est étendu de janvier à juin et a été construit par une intersyndicale interprofessionnelle solide. Au sein de Nantes Université, les camarades ont organisé des AG, des ateliers pancarte, des diffs de tracts, des tournées des bureaux). La caisse de grève SUD-FSU-CGT a permis la redistribution de 14 000 euros

Contre l'extrême droite : En juin 2024, le RN étaient aux portes des pouvoirs. En AG, face à la menace réelle, nous avons débattu de la place de notre syndicat au sein de la campagne politique pour battre l'extrême-droite dans les circonscriptions. Et nous avons fait le choix de nous mobiliser fortement : par du porte à porte, du tractage, du collage d'affiches. Au sein de l'intersyndicale, nous avons organisé le visionnage des résultats qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Comme nous savons que la lutte contre l'extrême droite et ses idées ne peut se penser aujourd'hui que sur le temps long, nous avons décidé de nous investir dans VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes). Cette association, créée en 1996, regroupe différents syndicats, dans un cadre inter professionnel pour faire un travail de veille, de mobilisation et de formation adressées aux travailleuses et travailleurs.

Palestine : SUD éducation 44 soutien depuis toujours la lutte contre la colonisation et s'est mobilisé pour dénoncer l'horreur du génocide, notamment lors du ciblage par Israël des écoles et des enfants. Nous continuerons de dénoncer ces atrocités tant qu'elles existeront.

Féminismes et défense des droits des personnes LGBT : SUD éducation 44 relaie chaque date de mobilisation féministes et des droits LGBT. En novembre 2024, durant le congrès de Solidaires 44, nous avons défendu et gagné de nombreux amendements, notamment pour défendre les droits des travailleureuses du sexe et pour amener l'Union à se positionner clairement contre la transphobie, dans un contexte où l’extrême droite utilise la transidentité pour asseoir son projet réactionnaire. Au sein du Conseil départemental de Solidaires, nous avons réaffirmé notre volonté que le mandat de la commission Sorcières soit respecté : malgré un historique difficile, les difficultés de communication, les différences de culture militante, Solidaires doit entretenir le lien avec FURI, l'inter-orga à l'initiative des mobilisations féministes nantaises. En interne, notre syndicat a été traversé par des débats sur les violences de genre et les rapports de pouvoir : nous avons entamé un long travail, qui sera notamment à poursuivre durant le vote du règlement intérieur, et pendant le temps en mixité choisie de vendredi après-midi.

Nous avons appelé à la grève et à rejoindre la mobilisation de Bloquons tout du 10 septembre, puis aux 18 septembre et 2 octobre, contre le budget austéritaire et pour défendre l'école publique ! Le 18 septembre, des milliers de personnes se sont mobilisées dans le département contre les politiques d'austérité : 30.000 personnes à Nantes, 8.000 à Saint-Nazaire, 1.500 à Ancenis et 500 personnes à Clisson. Des cortèges particulièrement fournis donc, car la défense des services publics face aux mesures d'austérité est devenue une urgence vitale. Le monde de l'éducation était particulièrement bien représenté, avec de nombreux lycées bloqués mais aussi des équipes mobilisées derrière les banderoles de leur établissement.

L'éducation, au même titre que la santé, ne cesse d'être victime de coupes budgétaires qui défont le lien social et renforcent les inégalités. Cette mobilisation continue le 2 décembre, soyons nombreux et nombreuses en grève et dans la rue !

Notre implication dans les mobilisations sociales et dans les luttes sectorielles ne doit pas masquer les difficultés grandissantes rencontrées dans nos métiers. Un rapport de 2021 (de la Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques, DARES), alerte sur le fait que les enseignant.es sont exposé.es à près de deux fois plus de risques psycho-sociaux que la moyenne nationale. Ce chiffre devrait faire bondir notre hiérarchie. Malheureusement elle s'en préoccupe peu et se dédouane de toutes responsabilités dans le mal-être au travail exprimé par beaucoup de nos collègues, dans la multiplication des fiches SST et des accidents de service. Fin juin 2025, en Loire-Atlantique, nous comptions 1000 fiches RSST en 6 mois. Le dépôt de fiches a augmenté notamment depuis leur dématérialisation.

Les personnels non-enseignants, tels que les AESH, les AED, les BIATS, sont encore plus exposé‧es à ces risques psycho-sociaux en raison de leur statut très précaire : non-fonctionnaires, souvent en CDD, payé es au SMIC, ils et elles souffrent trop souvent de leurs conditions de travail. Au nom d'une politique de plus en plus sécuritaire, les AED sont amené es à accepter des missions ne respectant pas le cadre de leur fiche de poste et parfois pouvant mettre leur vie en danger. En commençant ce congrès nous pensons particulièrement à Mélanie Grapinet, AED au collège Françoise Dolto de Nogent, en Haute Marne, mortellement poignardée par un élève alors qu'elle participait à une opération de fouilles de sac à l'entrée de son établissement. Ces conditions de travail de plus en plus précaires poussent un nombre croissant de collègues à abandonner le métier: en 2023-2024, 2 400 enseignant.es ont démissionné en France. C'est cinq fois plus de départs qu'il y a 10 ans.

A l'université, les accompagnements syndicaux sont de de plus en plus nombreux. En effet, tous les services souffrent de sous-effectifs et d'un fort turn-over. La raison n'est pas étonnante : les salaires des personnels BIATSS sont très faibles et leurs conditions de travail se sont gravement détériorées, en particulier dans à la scolarité et dans les services financiers, juridiques, informatique. Et c'est une spécificité de l'université : les personnels employés par des sous-traitants y sont nombreux, dans l'informatique et l'entretient des locaux, notamment par Arc-en-ciel, une société de nettoyage condamnée en justice à plusieurs reprises. Ces personnels sont particulièrement maltraités et subissent des rétentions de salaire.

L'inclusion dans les écoles est également un défi de taille pour une institution sous financée et structurellement validiste. Cette année encore, 48 000 élèves en situation de handicap n'avaient pas d'accompagnant-e à la rentrée en France, cela fait près d'un élève sur sept notifiés. Du côté des personnels, les AESH subissent toujours de contrats précaires, des salaires de misère et des temps partiels imposés. Voir notre texte "école inclusive".

De très nombreux enfants que nous accueillons dans nos classes ou établissements sont en souffrance. L'augmentation de la pauvreté et de la précarité des familles combinée au désinvestissement de l'Etat dans les services public mettent en danger les enfants : enfants non protégés en cas de violences, non pris en charge par l'ASE ou par des structures médicales, enfants à la rue... Les droits des enfants ne sont pas respectés.

Dans ce contexte difficile, notre syndicat a développé les liens avec nos camarades de SUD santé-sociaux. Ensemble nous œuvrons à une meilleure défense de nos élèves et notamment à leur prise en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance. Nous pensons qu'il est primordial de mieux prendre en compte leur santé mentale et donc de continuer à faire vivre ces liens et luttes communes.